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Le premier ministre slovaque et chef du parti social-démocrate SMER-SD, Robert Fico, lors d'une conférence de presse au siège de sa formation, le 6 mars 2016, à Bratislava (Samuel Kubani/AFP).

 

Repères

 

  • Superficie 49 000 km².

 

  • Population : 5,4 millions d'habitants.

 

  • Capitale : Bratislava.

 

  • Monnaie : l’euro (depuis le 1er janvier 2009).

 

  • Fête nationale : le 1er septembre (fête de la Constitution).

 

  • Communautés religieuses : catholiques romains (68,9 %), protestants (6,9 %), catholiques grecs (4,1 %), juifs (environ 3 000 personnes).

 

 

 

Slovaquie : Robert Fico, héraut de la politique anti-immigration

 

8 mars 2016

 

C'est une victoire en trompe-l’œil pour le social-démocrate Robert Fico. En lice pour un troisième mandat, le premier ministre slovaque sortant, 51 ans, a certes remporté les élections législatives du 5 mars, avec 28,3 % des voix, mais il a aussi perdu sa majorité (49 députés sur 150 contre 83 auparavant).

 

Conséquence de l’émiettement du Parlement, où le mouvement d'extrême droite ultranationaliste Parti Populaire - Notre Slovaquie (LS-NS) fait une entrée inédite (14 sièges), il va être contraint, pour rester en fonctions, de nouer des alliances avec plusieurs formations. Un scénario auquel il avait déjà été confronté en 2010, avec bien peu de réussite : faute de partenaires pour former une coalition, il avait échoué dans les rangs de l’opposition.

 

En amont du scrutin, le chef du gouvernement n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre ses compatriotes du bien-fondé de sa reconduction. Son axe de campagne ? Le rejet des migrants, assimilés à des envahisseurs en puissance. En décembre, il avait même déposé une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne contre le système de répartition des demandeurs d’asile entériné deux mois plus tôt par Bruxelles – une proposition qualifiée de « fiasco complet ». Bratislava doit théoriquement en accueillir près de 2 300.

 

Ancien militant communiste avant la chute du mur de Berlin, Robert Fico est allé jusqu’à changer le slogan de son parti, le SMER-SD (affilié au Parti socialiste européen), pour faire passer son message. « Protégeons la Slovaquie » est devenu un mantra pour tous les féaux du premier ministre, farouche détracteur du multiculturalisme – une « fiction », selon ses propres termes. Lui se considère comme un « rempart » contre les musulmans, qu’il aimerait « mettre sous surveillance », surtout depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis.

 

« C'est une posture purement rhétorique. M. Fico a profité du fait que deux des auteurs des attaques du 13 novembre avaient transité par la route des Balkans avec des passeports syriens pour créer un raccourci entre immigration massive, menace sécuritaire et affaiblissement identitaire. L'arrivée de réfugiés est perçue comme un péril pour le modèle culturel national », souligne Jacques Rupnik, politologue spécialiste des problématiques de l'Europe centrale et directeur de recherche à Sciences Po.

 

D’après le Pew Research Center, organisme de recherche américain sis à Washington, les musulmans ne représentaient que 0,2 % de la population slovaque en 2010. Pas de quoi infléchir la ligne de Robert Fico, qui se sait soutenu par ses concitoyens, ancrés dans le catholicisme et de sensibilité conservatrice. L’islam n’est d’ailleurs pas officiellement reconnu dans le pays.

 

« Il existe en Slovaquie un consensus très large sur le rejet de l'immigration issue du monde arabo-musulman. Beaucoup considèrent en effet que les tentatives d'intégration de l'islam dans les Etats d'Europe occidentale, et notamment en France, ont échoué. M. Fico, qui est un populiste de gauche, a joué abondamment cette carte, pensant qu'elle lui assurerait un succès éclatant dans les urnes. Mais il a fini par se faire déborder sur sa droite [par le LS-NS de Marian Kotleba] », observe M. Rupnik.

 

La rhétorique de l’invasion et la fièvre obsidionale qui en découle sont-elles alors motivées par une réalité statistique méconnue ? L’Organisation internationale pour les migrations récuse cette hypothèse. Elle rappelle qu’en 2015, 330 personnes ont réclamé la protection de la Slovaquie (contre 11 395 en 2004), nation de 5,4 millions d’habitants, et que huit seulement l’ont obtenue. Aux antipodes du « déferlement » annoncé par le pouvoir... « Certes, l'immigration de masse ne concerne pas directement les Slovaques, mais ils la voient défiler à côté de chez eux, en Hongrie, à laquelle ils ont appartenu pendant mille ans, en Autriche, en Allemagne... », note Jacques Rupnik.

 

Sur le Vieux Continent, Robert Fico n'est pas le seul à instrumentaliser à ses fins la thématique migratoire. Comme lui, d’autres en font leur miel. Parmi eux, Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur-nationaliste PiS (Droit et Justice) en Pologne, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, ou encore Milos Zeman, le président tchèque.

 

« Tous les quatre sont sur la même longueur d'onde : ils rejettent avec la dernière force la politique migratoire que tente de leur imposer l'Union européenne, et plus particulièrement l'Allemagne. Vis-à-vis de Berlin, le groupe de Visegrad [groupe informel fondé en 1991 et réunissant la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie] fait front commun. Les Tchèques sont peut-être les plus modérés dans leurs propos, – en tout cas au niveau du gouvernement –, les plus souples dans le traitement des demandes européennes de répartition par quotas », explique M. Rupnik.

 

« Ce que l'on constate désormais, c'est un rapprochement entre nationalistes d'Europe centrale, preuve que la situation a changé par rapport au moment où ces pays, élèves modèles de la transition postcommuniste, ont adhéré à l'Union européenne. A l'époque (en 2004), ils étaient en phase avec elle. Aujourd'hui, avec la crise migratoire, ils se découvrent en porte-à-faux avec ses choix », ajoute le chercheur.

 

Eu égard à l'inflexibilité de son discours, dénué de toute forme de compromission, Robert Fico pourrait être tenté de forger une union avec le Pari national slovaque (SNS), formation d'extrême droite connue pour ses diatribes anti-hongroises et anti-tsiganes, avec laquelle il avait gouverné lors de son premier passage au pouvoir, entre 2006 et 2010. Le fera-t-il de nouveau ?

 

« Ce n'est pas exclu. Mais même une alliance avec le SNS ne sera pas suffisante. M. Fico le sait et je pense qu'il va chercher à bâtir une grande coalition, du moins à titre provisoire, y compris avec des adversaires qui se veulent plus centristes comme le Parti liberté et solidarité (Sloboda a Solidarita, SaS), libéral sur le plan économique, mais assez nationaliste sur le plan politique », anticipe Jacques Rupnik.

 

Une volonté d'ouverture qui ne serait pas dénuée de calcul : le 1er juillet, Bratislava prendra la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne pour six mois, s'exposant ipso facto aux regards scrutateurs des autres Etats membres...

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